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La pénalité attribuable à la maternité en recul, mais le travail est loin d’être terminé

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Une femme aux cheveux foncés relevés en chignon, portant une chemise blanche boutonnée et une veste blanche, s’appuie sur une table de salle de réunion et dirige une réunion.

Comme les femmes représentent une part importante de la population active, tirer pleinement parti de leur potentiel constitue un enjeu majeur pour l’économie canadienne. Alors que nous soulignons la Journée internationale des femmes cette année, il est encourageant de constater certains signes d’amélioration. Toutefois, il reste encore beaucoup à faire pour combler un écart bien connu, soit la pénalité attribuable à la maternité, qui se traduit par des revenus plus faibles pour les femmes ayant des enfants comparativement à celles qui n’en ont pas.

Les progrès observés jusqu’à présent sont liés à l’expansion des garderies subventionnées, qui a entraîné une hausse de la participation au marché du travail chez les femmes dont le plus jeune enfant a moins de six ans (graphique 1, à gauche). Cette évolution contribue à réduire le nombre d’années passées hors du marché du travail, une interruption qui peut priver les mères de possibilités d’avancement et d’années d’expérience précieuses. En parallèle, les femmes représentent une part croissante du revenu familial, leur contribution médiane atteignant 40 % dans les couples hétérosexuels (graphique 1, à droite).

Graphique 1 : Augmentation de la participation des femmes ayant de jeunes enfants (à gauche); contribution accrue des femmes aux revenus familiaux (à droite)

1G – Graphique linéaire montrant l’augmentation du taux de participation des femmes ayant de jeunes enfants au marché du travail. 1D – Graphique linéaire montrant que les femmes représentent une part croissante du revenu d’emploi familial.
Statistique Canada, Banque CIBC

Cependant, un examen plus approfondi montre que la pénalité attribuable à la maternité demeure bien présente. Les femmes dont le plus jeune enfant a moins de six ans affichent toujours un écart de participation de 9 points de pourcentage par rapport aux femmes sans enfant de moins de 18 ans (graphique 2, à gauche), même si cet écart s’est resserré depuis les 12 points observés en 2019. Ce retard se reflète aussi dans la part du revenu familial, les femmes ayant des enfants contribuant moins que celles qui n’en ont pas (graphique 2, à droite).

Graphique 2 : Déficit de participation des femmes ayant de jeunes enfants (à gauche); se traduit par une part de revenus plus faible pour les couples hétérosexuels (à droite)

2G – Graphique à barres montrant un taux de participation plus faible chez les femmes ayant de jeunes enfants que chez celles qui n’en ont pas. 2D – Barres indiquant que les femmes ayant des enfants contribuent moins au revenu familial que celles qui n’en ont pas.
Statistique Canada, Banque CIBC

Les femmes subissent généralement une baisse importante de leurs revenus au moment du congé de maternité, et dix ans après la naissance du premier enfant, l’écart demeure malgré un certain rétrécissement. Les données les plus récentes du recensement semblent indiquer qu’au Canada, la pénalité moyenne attribuable à la maternité atteint 18 % pour les femmes ayant des enfants âgés de 0 à 5 ans, et 9 % pour celles dont les enfants ont entre 0 et 17 ans (graphique 3). Ces estimations demeurent prudentes, car de nombreuses études montrent que, même après avoir tenu compte d’autres facteurs déterminants du revenu, les écarts de rémunération au détriment des mères sont souvent encore plus marqués.

Graphique 3 : Les femmes qui ont des enfants ont tendance à gagner moins que les femmes comparables qui n’en ont pas

3 – Barres indiquant la baisse des revenus des femmes ayant des enfants par rapport à celles qui n’en ont pas, selon l’âge des enfants et des mères.
Recensement de 2021, Banque CIBC

Des études de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) indiquent qu’au Canada, après avoir tenu compte des différences liées notamment au niveau d’éducation

et au type d’emploi, la pénalité attribuable à la maternité atteint 34 % à long terme, après une chute immédiate de 49 % des revenus l’année de la naissance du premier enfant. Les pénalités salariales à long terme sont définies comme la pénalité moyenne observée entre 5 et 10 ans après la naissance du premier enfant. D’autres études montrent que ces pénalités varient de 21 % à plus de 60 % dans d’autres économies avancées.

Dans les pays qui ont des politiques généreuses en matière de congé parental, comme la Suède et le Danemark, les pénalités à long terme sont réduites et estimées respectivement à 26 % et 21 %. À l’inverse, dans les pays où les politiques en matière de garderie et de congé parental sont moins généreuses, notamment au Royaume-Uni et aux États-Unis, l’écart est respectivement de 44 % et 31 %. Cela indique également que la pénalité ne dépend pas uniquement de la décision de retourner au travail, mais aussi du nombre d’heures travaillées et du niveau de salaire au retour.

Passer du temps avec ses enfants est une composante importante de la parentalité. Cependant, ces responsabilités – et leurs effets sur les salaires de carrière – sont loin d’être réparties également dans les couples hétérosexuels. Avant d’avoir des enfants, la trajectoire salariale des femmes suit généralement celle des hommes. En revanche, les revenus des hommes sont généralement peu touchés par les naissances, et peuvent même augmenter dans certains cas, notamment parce qu’ils ont tendance à travailler davantage d’heures après l’arrivée d’un enfant. Cette dynamique peut pousser les mères à choisir des emplois qui exigent moins d’heures de travail contraignantes.

L’analyse des déclarations de revenus de 2023 apporte un éclairage supplémentaire sur la pénalité attribuable à la maternité au Canada. Dans les couples hétérosexuels à deux revenus ayant des enfants, les femmes contribuent environ 40 % du revenu d’emploi familial, comparativement à près de 45 % dans les couples sans enfants (graphique 4, à gauche). Toutefois, la contribution des femmes ayant des enfants a nettement augmenté au cours de la dernière décennie, en particulier chez celles ayant deux enfants ou plus (graphique 4, à droite). Les études de l’UQAM montrent par ailleurs que la pénalité attribuable à la maternité augmente avec le nombre d’enfants : à long terme, elle est presque inexistante lorsque l’enfant unique atteint l’âge de 10 ans, mais elle atteint 37 % pour les mères de deux enfants et 47 % pour celles ayant trois enfants ou plus. Malgré cela, la hausse de la contribution des femmes au revenu familial laisse entrevoir une possible réduction de ces écarts.

Graphique 4 : La répartition des revenus familiaux est plus équitable pour les couples sans enfants (à gauche), mais les femmes ayant des enfants contribuent de plus en plus (à droite)

4G – Barres montrant la part du revenu d’emploi familial attribuable aux femmes par nombre d’enfants dans la famille. 4D – Barres montrant une contribution croissante au revenu familial, en particulier pour les femmes ayant deux enfants ou plus.
Statistique Canada, Banque CIBC

Le Québec a commencé à élargir l’accès aux garderies subventionnées à la fin des années 90. Les résultats de l’étude de l’UQAM montrent que la pénalité salariale à long terme des mères québécoises a été considérablement réduite après la mise en place de ces politiques. Avant l’expansion des garderies subventionnées, les pénalités salariales à long terme s’élevaient à 40 %, mais elles ont fortement diminué après la mise en place de ces politiques, pour atteindre 23 %. Les taux d’inscription en garderie indiquent toutefois que plusieurs autres provinces disposent encore d’une marge de progression importante pour rejoindre les niveaux observés au Québec, ce qui pourrait contribuer à réduire la pénalité attribuable à la maternité ailleurs au pays dans les décennies à venir (graphique 5).

Graphique 5 : Marge de progression pour les taux d’inscription en garderie et les taux de participation des femmes

5 – Graphique montrant une corrélation positive entre les taux d’inscription en garderie et la participation des femmes au marché du travail dans les provinces.
Statistique Canada, Banque CIBC

Une autre raison pour laquelle les femmes ayant des enfants n’ont pas réussi à combler leur retard sur le marché du travail est probablement liée aux normes sociétales concernant la charge que représentent les tâches ménagères et la garde des enfants non rémunérées. Comme il a été mentionné plus haut, les hommes ayant des enfants ont souvent tendance à augmenter leurs heures de travail, ce qui laisse davantage de responsabilités familiales à leur conjointe. Chez les 25 à 44 ans, les femmes consacrent en moyenne environ deux heures de plus par jour que les hommes à ces tâches (graphique 6, à gauche). Si l’on remonte trente ans en arrière (graphique 6, à droite), l’écart global entre les groupes d’âge a presque été réduit de moitié, mais les femmes continuent d’assumer une plus grande part de ces tâches non rémunérées que les hommes, ce qui empiète sur le temps qu’elles pourraient consacrer à un travail rémunéré et réduit leurs possibilités d’évolution professionnelle.

Graphique 6 : Les femmes continuent d’assumer davantage de tâches ménagères et de tâches liées à la garde des enfants non rémunérées (à gauche), mais cette situation a légèrement évolué en l’espace d’une génération (à droite)

6G – Barres indiquant que les femmes consacrent plus d’heures que les hommes aux tâches ménagères et à la garde des enfants non rémunérées. 6D – Barres indiquant que l’écart entre les femmes et les hommes en matière de tâches ménagères et de garde des enfants non rémunérées s’est réduit depuis 1992.
Statistique Canada, Banque CIBC

Comme il a été mentionné précédemment, la pénalité attribuable à la maternité ne dépend pas uniquement de la décision de retourner au travail, mais aussi du nombre d’heures travaillées et du niveau de rémunération. Selon des études de premier plan, les mères semblent prêtes à accepter un salaire moins élevé en échange de meilleures conditions de travail, notamment dans des entreprises où les horaires sont moins contraignants et qui sont plus accommodantes en matière d’interruptions de carrière, ce qui se traduit par des emplois moins bien rémunérés.

Bien que les données ne permettent pas de distinguer l’emploi dans les secteurs flexibles entre femmes avec ou sans enfants, on observe que les femmes sont légèrement plus représentées dans les secteurs offrant davantage de flexibilité, définis comme ceux où au moins 35 % des employés disposent d’horaires adaptables (graphique 7, à gauche). De plus, depuis 2019, la croissance de l’emploi féminin s’est fortement concentrée dans ces secteurs plus flexibles (graphique 7, à droite).

Graphique 7 : Les femmes représentent une part légèrement plus importante de l’emploi dans les secteurs plus flexibles (à gauche) où la croissance de l’emploi féminin s’est concentrée (à gauche)

7G – Barres montrant que les femmes sont légèrement plus concentrées dans des secteurs d’activité plus flexibles. 7D – Barres indiquant que la croissance de l’emploi chez les femmes est fortement orientée vers les secteurs plus flexibles depuis 2019.
Statistique Canada; Remarque : Hors santé

Les données sont claires : une participation accrue des mères au marché du travail à mesure que les enfants grandissent contribue à réduire la pénalité attribuable à la maternité. Toutefois, celle-ci persiste pour plusieurs raisons. Les effets positifs des garderies subventionnées ne se reflètent pas encore pleinement dans les taux d’inscription, ce qui se traduit par des années d’expérience professionnelle perdues. Par ailleurs, le poids des responsabilités familiales non rémunérées demeure encore largement assumé par les femmes, ce qui peut les orienter vers des emplois moins bien rémunérés, mais offrant davantage de flexibilité.

Élever des enfants prend du temps, et cet investissement a ses avantages. Toutefois, une répartition plus équilibrée de ce temps au sein des couples hétérosexuels et un accès plus abordable aux garderies pourraient contribuer à réduire l’incidence de la parentalité sur l’activité économique et la progression professionnelle des femmes.

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Contributeurs

Katherine Judge

Économiste principale

Banque CIBC