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La kryptonite de Donald Trump

24 févr. 2025Études économiques CIBC
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Est-ce un avion? Est-ce un oiseau? Non, c’est Donald Trump! Rien ne semble pouvoir arrêter le président Trump. En s’appuyant sur la puissance de l’économie américaine, le président exploite au maximum le pouvoir étendu de la Maison-Blanche. Son arme principale : l’article 232 de la Trade Expansion Act de 1962. Cet article confère au président de vastes pouvoirs lui permettant de moduler les importations, notamment au moyen de tarifs douaniers, s’il juge que des importations excessives constituent une menace pour la sécurité nationale des États-Unis. Comme nous l’avons déjà constaté, il semble que le président considère tout et n’importe quoi comme une menace pour la sécurité nationale.

Il faut savoir faire la part des choses. Le président soulève quelques points valables. Il a tout à fait raison en ce qui concerne la frontière, surtout lorsqu’il s’agit du Mexique. Il a raison au sujet des dépenses militaires et de certaines des pratiques commerciales de la Chine. Il se trompe à bien des égards sur le Canada. Dans les faits, on pourrait faire valoir indéfiniment qu’en dehors de l’énergie, les États-Unis enregistrent un excédent commercial avec le Canada et que le montant de « 200 milliards de dollars de subventions » n’est que pure fiction. Cette solution ne servira à rien. La logique et les données ne fonctionnent pas dans cette situation. Cependant, ce qui pourrait affaiblir le président, c’est sa kryptonite.

Sa première source de vulnérabilité, et peut-être la plus importante, est le marché boursier. Ce n’est un secret pour personne que le président a souvent associé le succès aux résultats du marché boursier. C’est sans surprise que le Canada et le Mexique ont obtenu un sursis de 30 jours pour ce qui est des tarifs douaniers de 25 %, peu après que les marchés boursiers ont réagi négativement à l’annonce de leur mise en œuvre. Les résultats actuels du marché boursier ne sont donc pas attribuables à l’idée que les tarifs douaniers sont bénéfiques pour l’économie américaine, mais à la conviction qu’en fin de compte, le président ne mettra pas en place des mesures susceptibles de nuire à la confiance des marchés.

Les prix de l’essence constituent une autre source de vulnérabilité. S’il le peut, le président empêchera que les prix de l’essence n’augmentent de façon considérable dans le cadre de son mandat. Et comme il n’existe pas de solution de remplacement facile pour le pétrole en provenance du Canada, tout tarif douanier sur l’énergie canadienne se traduira immédiatement par une hausse des prix à la pompe. Il est peu probable qu’il impose ne serait-ce qu’un tarif douanier de 10 % sur l’énergie.

L’inflation est une autre source de vulnérabilité. Dans presque tous ses discours de campagne, Donald Trump a utilisé l’inflation comme une arme contre les démocrates. Comme nous l’avons vu cette semaine, la guerre contre l’inflation n’est pas terminée. On peut débattre de l’ampleur, mais il ne fait pas l’ombre d’un doute que la première conséquence, et la plus visible, de l’application de tarifs douaniers généralisés sera la hausse des prix aux États-Unis. Par ailleurs, l’inflation ayant du mal à atteindre la cible de 2 %, toute nouvelle pression sur les prix se répercutera rapidement sur les attentes d’inflation et pourrait obliger la Réserve fédérale américaine (Fed) à relever ses taux, un autre problème pour le président, qui n’a pas encore vu de taux trop bas. Un conflit potentiel entre la Maison-Blanche et la Fed est bien la dernière chose à laquelle le marché souhaite assister (voir la première source de vulnérabilité).

Le temps est aussi un facteur. On peut certes débattre du rapport coût/avantage de l’application de tarifs douaniers généralisés, mais ce qui ne fait aucun doute, c’est que le coût se fera sentir beaucoup plus rapidement que tout avantage potentiel. Après tout, on ne peut pas imposer des tarifs douaniers à une machine bien huilée qui a été établie sur une infrastructure de libre-échange et s’attendre à ce que les choses changent du jour au lendemain. La vulnérabilité du président réside dans le fait qu’au moment des élections de mi-mandat, le seul résultat visible sera la perturbation économique des tarifs douaniers sur le plan de l’inflation, de l’emploi et de la production.

Tôt ou tard, le président devra agir s’il veut préserver sa crédibilité. Toutefois, sa kryptonite fera en sorte que les tarifs douaniers à venir soient plus limités en matière de portée, de durée ou d’ampleur par rapport à ce que l’on craint actuellement.

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Contributeurs

Benjamin Tal

Economiste en chef adjoint

Banque CIBC