En tant que chef de file mondial de l’informatique quantique, le Canada est bien placé pour la révolution quantique à venir

Lorsque l’IA générative a fait son entrée dans la conscience collective en 2022, de nombreuses organisations se sont retrouvées à devoir se démener pour comprendre une technologie qui, à l’insu de beaucoup, évoluait depuis des années. Aujourd’hui, l’informatique quantique est en voie d’être la prochaine technologie à passer des laboratoires de recherche aux salles de conseil – et c’est une technologie que les chefs d’entreprise ne peuvent se permettre d’ignorer.
Depuis des décennies, l’informatique quantique promet de résoudre des problèmes qui dépassent les capacités mêmes des ordinateurs classiques les plus puissants, qu’il s’agisse de découvrir de nouveaux médicaments ou d’optimiser les portefeuilles de placement et les chaînes d’approvisionnement. Les applications commerciales semblaient toujours à des années de se concrétiser. Aujourd’hui, les chercheurs sont de plus en plus nombreux à croire que les premiers ordinateurs quantiques à grande échelle, capables de résoudre des problèmes commerciaux concrets, pourraient voir le jour au cours des prochaines années.
Personne ne sait exactement quand ce point de bascule sera atteint ni quelles applications se révéleront les plus utiles, mais les entreprises doivent tout de même commencer dès aujourd’hui à développer leur expertise. S’il y a une chose que l’essor de l’IA nous a apprise, c’est qu’une technologie émergente et que les organisations qui ont investi tôt dans les talents, l’expérimentation et l’expertise sont celles qui ont été les mieux placées pour en tirer parti. Le rythme du changement peut s’accélérer de façon inattendue, certaines avancées pouvant prendre le secteur par surprise et devancer considérablement les échéanciers.
Pour le Canada, les enjeux sont particulièrement élevés. Le pays a contribué à jeter une bonne partie des bases de la révolution actuelle de l’IA en formant des chercheurs et des entrepreneurs de calibre mondial et en réalisant des percées qui ont façonné cette technologie. Pourtant, bon nombre de ces entreprises et une grande partie des capitaux d’investissement ont fini par prendre le chemin du sud de la frontière. Le secteur canadien de l’informatique quantique, qui compte plusieurs entreprises de premier plan, comme Xanadu, Photonic et Nord Quantique, offre au pays une nouvelle occasion de se démarquer, mais seulement si nous parvenons à retenir les talents, à soutenir les entreprises d’ici et à bâtir l’écosystème nécessaire pour transformer notre position dominante scientifique en réussite commerciale. L’informatique quantique nous offre l’occasion de tirer les leçons de la révolution de l’IA et de miser sur l’élan considérable que connaît actuellement le secteur quantique canadien.
Le grand moment de l’informatique quantique
On parle d’informatique quantique depuis les années 1980, mais le sujet suscite un intérêt grandissant depuis quelques années. Pourquoi? Une partie de la réponse réside dans l’IA. L’essor rapide de l’IA générative a changé la façon dont les entreprises et les investisseurs perçoivent les technologies émergentes. De nombreuses personnes ont vu des entreprises comme Nvidia créer énormément de valeur à mesure que l’adoption de l’IA s’accélérait, et elles ne veulent pas rater la prochaine grande percée informatique.
Parallèlement, l’IA et l’informatique quantique se complètent, la première pouvant accélérer les possibilités offertes par la seconde. L’IA aide déjà les chercheurs à concevoir et à exploiter des systèmes quantiques, tandis que l’informatique quantique pourrait un jour permettre à l’IA de résoudre des problèmes d’optimisation et de modélisation qui dépassent encore les capacités du matériel actuel. Ensemble, les deux technologies transformeront l’avenir de l’infrastructure financière.
Une occasion exceptionnelle pour le Canada
Si l’informatique quantique tient ses promesses, ces technologies pourraient générer entre 1 300 et 2 700 milliards de dollars américains de valeur à l’échelle mondiale d’ici 2035, selon McKinsey & Company. Au Canada, un rapport commandé par le Conseil national de recherches estime que le secteur pourrait contribuer à hauteur de 139 milliards de dollars à l’économie et soutenir plus de 200 000 emplois d’ici 2045.
Heureusement, le Canada aborde ce domaine en position de force. Trois des principales entreprises indépendantes du domaine quantique au monde sont canadiennes, et les universités et instituts de recherche du pays disposent de filières de développement des talents reconnues à l’échelle internationale.
Les gouvernements ont également manifesté leur soutien plus tôt qu’ils ne l’avaient fait dans le cas de l’IA. Par exemple, dans son budget de 2025, le Canada s’est engagé à investir 334,3 millions de dollars sur cinq ans pour renforcer le secteur quantique du Canada, notamment en fournissant du financement lié au maintien du siège social des entreprises canadiennes au pays.
Cependant, bien que ces investissements procurent au secteur une assise importante, la construction d’un ordinateur quantique véritablement utile est coûteuse. IBM, par exemple, s’est engagée à investir plus de 10 milliards de dollars américains sur cinq ans pour faire progresser son programme d’informatique quantique, notamment dans la recherche, la fabrication et les acquisitions, dans le but de mettre en service sa première machine à grande échelle en 2029. Les entreprises canadiennes auront besoin d’investissements privés soutenus bien avant de pouvoir compter sur des revenus stables.
Si les entreprises canadiennes n’obtiennent pas les investissements dont elles ont besoin, elles iront les chercher ailleurs. Par exemple, D-Wave Quantum a été fondée à Burnaby, en Colombie-Britannique, et s’est rapidement imposée comme un chef de file de l’informatique quantique commerciale. Elle a maintenant son siège social en Californie et se négocie à la Bourse de New York.
Tout aussi important, les entreprises du secteur quantique auront besoin de clients prêts à leur soumettre des problèmes concrets, alors même que la technologie est encore en développement. Dans le secteur des services financiers, par exemple, les organisations explorent des applications comme la détection de la fraude et l’optimisation de portefeuille afin d’acquérir de l’expertise avant l’arrivée de matériel quantique pleinement commercial.
La défense est un autre domaine où l’informatique quantique pourrait avoir une incidence importante. Les technologies quantiques devraient améliorer les capacités de détection (par exemple, la navigation sans GPS), permettre des communications plus sûres et renforcer les infrastructures de sécurité nationale. Elles constituent donc une priorité stratégique de plus en plus importante pour les gouvernements du Canada, des États-Unis et des pays membres de l’OTAN.
Qu’elles explorent des applications commerciales ou liées à la sécurité nationale, les organisations font face au même défi : préparer leur main-d’œuvre à l’avenir quantique. Si des ordinateurs quantiques véritablement utiles finissent par voir le jour, il y aura une pénurie de spécialistes pour répondre à la demande. Les organisations peuvent éviter ce goulot d’étranglement en préparant dès aujourd’hui leur main-d’œuvre à l’informatique quantique.
Préparer l’avenir dès aujourd’hui
À la Banque CIBC, nous avons choisi de nous préparer en intégrant des spécialistes de l’apprentissage automatique quantique à notre groupe de recherche sur l’IA existant, plutôt qu’en créant un laboratoire distinct. Cela permet aux deux disciplines de s’enrichir mutuellement tout en développant des connaissances pratiques avant que la technologie ne se généralise. Les enseignements tirés du déploiement à grande échelle de l’IA générative et agentique guideront notre approche de l’informatique quantique, et les bases que nous avons établies nous permettent d’être mieux préparés tandis que nous nous employons à développer les capacités et la souplesse nécessaires au déploiement à grande échelle de nouvelles technologies.
Nous avons également favorisé la collaboration entre les équipes de l’IA, de la cybersécurité, Marchés des capitaux et Services financiers Innovation. Cela nous donne une vue d’ensemble plus large du secteur, depuis les entreprises qui mobilisent des capitaux jusqu’aux cas d’utilisation et aux risques qui pourraient être importants pour le secteur des services financiers.
Marchés des capitaux CIBC collabore également avec des entreprises du secteur quantique dans le cadre de leurs démarches de financement et de leurs projets de croissance, tandis que nos équipes Services financiers Innovation travaillent avec des entreprises à des stades moins avancés de leur développement. Ces relations nous aident à voir où des progrès sont réalisés et où un soutien supplémentaire est nécessaire.
Au sein de la Banque, nous mettons à l’essai des approches inspirées de l’informatique quantique pour résoudre des problèmes que nous connaissons déjà bien. La détection de fraudes en est un exemple. Nous nous penchons également sur les enjeux de cybersécurité. Un ordinateur quantique puissant pourrait briser le chiffrement de certaines des méthodes de chiffrement actuelles. Il est donc important que les banques comprennent les risques avant que cette technologie n’atteigne une échelle commerciale. Grâce à de telles expériences, nous commençons également à déterminer les tâches pour lesquelles l’informatique quantique, du moins pour l’instant, n’est peut-être pas l’outil le mieux adapté.
Mais la valeur ne se limite pas aux essais concluants. Les méthodes quantiques obligent souvent les équipes à repenser la façon dont un problème est formulé et à remettre en question des hypothèses qui peuvent être valables dans un contexte informatique classique, mais pas dans celui de l’informatique quantique. En s’attaquant dès maintenant à ces défis, les équipes peuvent acquérir une expérience pratique des technologies dont nous aurons besoin plus tard.
Même si nous ne savons pas exactement quand l’informatique quantique s’imposera, nous savons qu’elle est en voie de devenir une réalité et qu’elle est plus proche que jamais. Le Canada possède les talents, les capacités de recherche et les entreprises dont le monde a besoin pour façonner ce qui pourrait devenir une nouvelle industrie de premier plan. Le défi consiste maintenant à faire en sorte qu’une plus grande part de la valeur ainsi créée reste ici, au pays.

Ozge Yeloglu
Vice-présidente, Analytique approfondies et intelligence artificielle
Technologie, Données et IA, réseau Mondial
