Graphique 1 : La diversification du commerce a été lente, mais s’est accélérée en 2025


La diversification des exportations du Canada est un objectif stratégique prudent dans le contexte mondial actuel, mais l’atteinte de celui-ci à une échelle qui change considérablement le contexte commercial demeure un défi important. Néanmoins, le contexte actuel accroît l’urgence de cet objectif, et tout progrès additionnel à cet égard procure des avantages tangibles : réduction de la volatilité des bénéfices, amélioration des marges et encouragement des investissements en immobilisations.
La principale stratégie du Canada pour composer avec les incertitudes commerciales, y compris la volatilité découlant des politiques changeantes de l’administration américaine, a été de continuer à diversifier le commerce. L’aspiration à réduire la dépendance économique aux États-Unis n’est pas nouvelle. Les efforts ont commencé sous l’administration de Pierre-Elliott Trudeau, se sont accélérés sous le gouvernement Harper et se sont poursuivis lorsque Justin Trudeau était au pouvoir. À l’heure actuelle, le Canada compte actuellement 15 accords de libre-échange avec 51 pays, ce qui donne aux entreprises canadiennes un accès préférentiel à plus de 1,5 milliard de consommateurs. Les pays signataires de ces ententes représentent collectivement plus de 61 % du PIB mondial et plus du tiers de l’économie mondiale à l’extérieur des États-Unis. Fait à noter, le Canada se démarque comme le seul pays du G7 à avoir conclu des accords de libre-échange avec les six autres pays membres, soit les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, l’Allemagne, la France et l’Italie.
Par conséquent, un travail considérable a déjà été fait pour stimuler les échanges commerciaux avec les pays autres que les États-Unis. Malgré tout, l’incidence tangible de la diversification commerciale a été modeste. L’indice Herfindahl-Hirschman (IHH) de la diversification des échanges commerciaux par les marchés d’exportations a essentiellement stagné jusqu’à l’an dernier, lorsqu’il a commencé à remonter grâce aux efforts de diversification déployés en réaction aux politiques commerciales protectionnistes de Donald Trump (graphique 1). La part des exportations canadiennes vers les États-Unis est passée de 76 % en 2024 à 69 % au cours des 12 derniers mois, en grande partie en raison de la demande de la Chine et des pays européens, si l’on exclut les exportations d’or (graphique 2). Le seul segment assujetti à des droits de douane américains qui a été en mesure de se diversifier de façon significative est l’aluminium, ce qui porte à croire que les exportateurs canadiens délaissent les États-Unis de façon plus générale, étant donné que les autres secteurs touchés par les droits de douane n’ont pas de marchés intercontinentaux immédiatement viables ou réorientent les biens vers le marché intérieur.


Bien que ces progrès soient dignes de mention, ils sont loin d’apporter des changements transformateurs. Les raisons sont claires : comme l’a dit le professeur Paul Krugman, le Canada est plus près des États-Unis que de lui-même, et il est difficile de résister à l’ampleur du marché américain. Les premiers efforts de diversification ont permis de régler les problèmes les plus faciles à résoudre, mais il sera de plus en plus difficile de soutenir ce rythme. Pour mettre les choses en contexte, nous traversons actuellement une guerre commerciale mondiale. Comme pendant la guerre froide, des pays comme le Canada seront ultimement obligés de se ranger du côté de l’une des grandes puissances. Malgré les récents développements, il est clair que le Canada restera du côté des États-Unis.
Bien que les sociétés canadiennes aient fait des progrès dans la diversification de leur clientèle, la diversification des produits n’a pas progressé au même rythme. La part croissante des exportations d’énergie, qui est passée de 13 % en 2000 à 25 % aujourd’hui, et qui augmente également en volume, a éclipsé toute diversification par rapport aux autres produits. Toutefois, si l’on exclut l’énergie de la composition des produits, on constate une tendance positive à la diversification dans les secteurs manufacturier et industriel, où l’IHH a augmenté considérablement (graphique 3). Les minerais et concentrés, le fer et le cuivre, les produits pharmaceutiques, les graines oléagineuses et les céréales ainsi que, plus récemment, l’or ont contribué à ce résultat.

L’expansion sur de nouveaux marchés nécessite des investissements et des ressources supplémentaires, mais elle est associée à une amélioration du rendement financier. Des recherches universitaires indiquent que la relation entre la diversification des exportations et la rentabilité des sociétés est particulièrement non linéaire : une diversification limitée et excessive peut réduire la rentabilité, alors que les gains les plus importants sont réalisés lorsque les sociétés passent d’une diversification faible à modérée. Ce gain est réalisé grâce à la stabilisation les marges bénéficiaires découlant d’une couverture contre les ralentissements économiques à l’échelle régionale, la volatilité des taux de change et les droits de douane, ainsi qu’à une plus grande stabilité des revenus à long terme, à l’amélioration des économies d’échelle et à des stratégies de tarification plus concurrentielles sur les marchés internationaux. Comme environ les deux tiers des exportations canadiennes sont toujours en direction des États-Unis, le Canada est bien placé pour profiter d’une diversification accrue.
Il est essentiel d’accroître la diversification des exportations, par destination et par produit, non seulement pour maintenir la rentabilité, mais aussi pour réduire la volatilité de l’économie et des bénéfices. L’ère qui a suivi la Grande Récession, qui a été caractérisée par une nouvelle combinaison de croissance économique et d’incertitude politique accrue aux États-Unis, a donné lieu à une volatilité accrue des bénéfices des sociétés (graphique 4). Une plus grande diversification sur le plan des échanges commerciaux peut aider à compenser ces risques, surtout au Canada.

Une étude de 2013 a montré que l’ouverture des échanges commerciaux réduit la volatilité de la croissance, en particulier lorsque les pays ont un éventail diversifié de produits d’exportation qui peut servir de protection contre les chocs de croissance idiosyncrasiques. Les résultats de la recherche montrent que chaque augmentation d’une unité de la diversification des produits réduit la volatilité de la croissance de 28 points de pourcentage et donnent à penser que la composition des produits a une plus grande incidence sur le ralentissement de la volatilité que le nombre de partenaires commerciaux.
Le Canada a déjà affiché des gains substantiels grâce à l’ouverture de ses échanges commerciaux au cours des cinq dernières décennies. Une étude de 2020 montre que la diversification des échanges commerciaux du Canada avec d’autres pays a entraîné une baisse de la volatilité du revenu réel plus prononcée que la moyenne. En effet, cette volatilité a été 100 % plus faible au Canada qu’elle ne l’aurait été si les barrières commerciales ou la diversification étaient restées au niveau de 1972, ce qui témoigne de la réduction de l’exposition aux chocs propres à chaque pays. Toutefois, la volatilité du revenu réel au Canada attribuable à la spécialisation a augmenté de 27 % par rapport aux conditions de 1972, ce qui reflète une forte spécialisation sectorielle par rapport aux 25 autres pays de l’échantillon, du fait de la concentration des produits énergétiques. Cela donne à penser que le Canada pourrait accroître la stabilité du revenu réel en diversifiant sa base de produits d’exportation, mais l’incidence nette montre que le Canada a déjà surpassé la moyenne en matière de réduction de la volatilité depuis 1972, grâce à la diversification de sa base de partenaires commerciaux (graphique 5).

Le contexte actuel offre aux entreprises canadiennes une occasion unique de revoir leurs stratégies, ce qui réduit leur dépendance au marché américain tout en renforçant leur rendement financier. Pour y parvenir, ne serait-ce qu’en partie, il faudra déployer des efforts soutenus et délibérés pour diversifier les exportations par destination et par produit, en reconnaissant que la diversification n’est plus facultative, mais une nécessité.
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