Comme les appels en faveur de la création d’un véritable fonds d’État autochtone se poursuivent, une nouvelle force se manifeste dans le secteur des placements canadiens

Alors que le Canada cherche de nouvelles sources de croissance, les communautés autochtones, par l’intermédiaire des terres, des ressources, des règlements financiers et des partenariats commerciaux, deviennent un puissant moteur économique pour le pays. Toutefois, la croissance de l’influence économique s’accompagne de nouveaux enjeux quant à la façon dont ce patrimoine peut être géré, investi et déployé pour offrir des avantages durables.
Les communautés autochtones ont été largement mises de côté dans les discussions entourant le nouveau fonds d’État national qui a été annoncé en grande pompe au printemps par le premier ministre Mark Carney. Au fil de l’évolution de ces discussions, les appels en faveur de la création d’un fonds d’État autochtone, dont j’ai parlé l’an dernier, se poursuivront.
Entre-temps, pour répondre à ces enjeux, un nouveau segment de la gestion de placements prend forme : les sociétés de gestion d’actifs détenues par des Autochtones, conçues non seulement pour faire croître le capital, mais aussi pour refléter les valeurs communautaires et ancrer l’autodétermination économique à long terme.
Les sommes versées aux communautés autochtones sont importantes. Depuis que le Canada a établi la Politique sur les revendications territoriales globales en 1973, Ottawa a versé près de 22 milliards de dollars en compensation pour régler 771 revendications autochtones. Sur ces règlements, plus de 15 milliards de dollars ont été versés au cours des cinq dernières années seulement. Il s’agit de fonds qui sont maintenant réinvestis dans des projets d’infrastructures essentielles et d’autres initiatives de construction communautaire.
Pour mettre en perspective l’ampleur de ce capital, la valeur collective des règlements depuis 2020 est à peu près égale au coût du barrage hydroélectrique Site C en Colombie-Britannique, un projet qui a déjà créé des milliers d’emplois et contribué à hauteur de milliards de dollars à l’économie provinciale.
Les règlements de revendications territoriales ne sont qu’un des éléments de la richesse des communautés autochtones. Ces dernières génèrent également de plus en plus de revenus grâce à des participations dans les terres et les ressources naturelles, ainsi qu’au moyen d’ententes commerciales avec les gouvernements et les sociétés privées. Toutes ces forces transforment la façon dont le patrimoine autochtone est bâti et expliquent les raisons pour lesquelles les sociétés de gestion d’actifs autochtones émergent en tant que moyen de gérer des capitaux qui arriment le rendement financier aux priorités de la communauté.
Fonds d’État
Même si certaines sociétés de gestion d’actifs détenues par des Autochtones émergent en tant que gestionnaires de ce capital, il existe toujours des obstacles à l’expansion de leur rôle au sein de la gestion d’actifs. Le premier obstacle consiste à attirer des capitaux initiaux et à bâtir la crédibilité dans un secteur fortement axé sur les relations et qui privilégie les sociétés établies.
Un autre enjeu est la rareté des talents. Par le passé, relativement peu de professionnels autochtones ont poursuivi une carrière en gestion de placements, ce qui a limité le nombre de gestionnaires d’actifs qui peuvent appliquer l’expérience communautaire partagée aux décisions de placement. Cette dynamique commence toutefois à changer, car de plus en plus de professionnels autochtones obtiennent le titre de CFA.
Mais le plus grand obstacle est peut-être l’absence d’un cadre fédéral clair pour soutenir la prochaine phase de la gestion des actifs autochtones. Même si les communautés autochtones utilisent des structures comme les fiducies, les sociétés, les sociétés en commandite et les coentreprises, elles ne sont pas idéales pour l’avenir de ces communautés. Au bout du compte, la création d’un fonds d’État à l’image de ceux créés avec succès en Norvège et ailleurs constituerait une structure plus optimale.
Même si certaines communautés des Premières Nations décrivent déjà leurs fiducies comme des fonds d’État, il n’existe pas de cadre juridique pour soutenir la création d’un véritable fonds d’État au Canada. Le problème est que la structure de la fiducie comporte ses limites. Les fiducies n’ont pas le cadre de gouvernance ou la capacité nécessaire pour gérer le capital croissant que ces communautés accumulent.
Les communautés autochtones et les chefs d’entreprise, moi y compris, défendent depuis longtemps les fonds d’État autochtones et la création d’un cadre juridique pour les soutenir. Toutefois, lorsque M. Carney a annoncé le nouveau fonds d’État national en avril, il n’a pas été question d’un fonds d’État autochtone distinct ni de la façon dont les communautés autochtones seraient consultées ou incluses dans les projets que ce fonds national soutiendra. La réaction des communautés autochtones a été rapide et très critique, à juste titre.
Cindy Woodhouse Nepinak, cheffe nationale de l’Assemblée des Premières Nations, a souligné l’absence d’investissements en infrastructure, pourtant cruellement nécessaires, précisément destinés aux Premières Nations et a demandé plus « de clarté et d’engagement » dans l’évolution de la planification du fonds. D’autres dirigeants ont fait écho à ses préoccupations, et certains ont demandé une participation dans le fonds.
Même si la création d’un fonds d’État autochtone ne semble pas dans les plans, un tel cadre aiderait à protéger le capital à long terme contre les décisions politiques à court terme tout en soutenant la production de richesse pour l’avenir.
La mise en place d’un fonds d’État permettrait également à des centaines de collectivités de mettre en commun leurs ressources, d’attirer des talents et des gestionnaires de placements de premier plan, tout en déployant des capitaux à une échelle beaucoup plus grande que ce qu’elles peuvent accomplir seules.
L’évolution des placements autochtones
La façon dont les communautés autochtones gèrent leurs fonds a considérablement changé au fil des ans. Alors qu’elles confiaient auparavant un important capital à un conseiller, elles investissent dorénavant les règlements reçus dans des fonds de type fiducie gérés par des professionnels. Ces fonds imitent les fonds d’État qui peuvent préserver le capital et générer un revenu à long terme. Les communautés autochtones se sont également établies comme des pionnières dans le domaine de l’investissement fondé sur les valeurs, où chaque placement est analysé en fonction de ses répercussions sociales et environnementales.
Dans le cadre de cette évolution, nous assistons maintenant à la création de gestionnaires d’actifs autochtones comme Longhouse Capital et de courtiers comme Cedar Leaf, qui se sont formés pour gérer le capital d’une façon qui reflète les visions du monde distinctes des Autochtones. Cette approche reconnaît que chaque nation a des besoins et des exigences de liquidités distincts.
Ces institutions sont loin d’être des institutions à but unique créées pour préserver l’argent provenant des règlements de revendications territoriales. Bien que cela puisse faire partie de leur mandat, elles élargissent également leur portée pour servir d’autres communautés autochtones et même des investisseurs institutionnels et à valeur nette élevée à l’échelle mondiale qui se soucient des effets positifs de leur argent. Fait à noter, ces sociétés investissent de plus en plus de capitaux dans des projets d’infrastructure situés sur des terres autochtones ou qui les touchent directement, ce qui stimule le développement économique bien au-delà de leurs communautés.
Incidence pour le Canada
Comme les fiducies autochtones contrôlent maintenant d’importants capitaux, ces communautés sont devenues des partenaires financiers actifs capables de contribuer au financement non seulement d’infrastructures importantes, mais aussi de projets commerciaux à usage mixte, qui comprennent souvent des logements, des hôtels et des complexes de détail dans les centres urbains.
De plus, comme les Premières Nations utilisent des milliards de dollars de capitaux institutionnels pour obtenir des participations significatives dans des projets d’envergure nationale, elles peuvent désormais influencer de façon beaucoup plus importante la manière dont ces projets sont structurés, régis et exécutés.
Cette situation survient à un moment critique, tant pour ces communautés que pour l’ensemble du pays, car les dirigeants tentent de trouver des façons de stimuler la productivité et la croissance économique. Les Autochtones représentent l’une des cohortes les plus jeunes et à la croissance la plus rapide du Canada. Alors que la croissance démographique au Canada stagne, celle de la pour la même période. .
Au-delà des règlements et de l’argent généré par les partenariats d’affaires, le pouvoir économique des communautés . Pourtant, même si les entreprises détenues par des Autochtones croissent et qu’elles constituent une composante importante du contexte économique du Canada, les études montrent que ces communautés obtiennent de meilleurs résultats lorsqu’elles conservent le contrôle sur leurs décisions de placement.
. Par exemple, les Autochtones représentent environ le quart de la main-d’œuvre des entreprises détenues par des Autochtones dans des domaines comme la construction et l’agriculture, comparativement à moins de 5 % dans les entreprises non détenues par des Autochtones exploitées dans les mêmes industries.
Que se passe-t-il ensuite?
Même si les actifs des communautés autochtones augmentent rapidement, les outils dont elles ont besoin pour gérer ce patrimoine et en tirer parti continuent de manquer. Comme je l’ai écrit l’année dernière, « les fonds d’État renforceraient les pouvoirs fiscaux des peuples autochtones, leur permettant non seulement d’exercer leur droit à l’autonomie gouvernementale, mais aussi de mettre à profit leurs actifs pour investir dans leurs propres communautés ».
« Cette solution est également très sensée sur le plan économique pour tous les Canadiens. Un tel instrument débloquerait des milliards de dollars de capitaux à investir au Canada, plutôt que sur les marchés financiers mondiaux, ce qui amplifierait les avantages à l’échelle du pays. »
De la même façon, et avec le bon soutien des gouvernements et des institutions financières, la croissance des gestionnaires d’actifs autochtones peut être une étape transformatrice vers la prospérité intergénérationnelle pour les communautés des Premières Nations et libérer un potentiel économique important pour le pays.
La prochaine décennie reposera sur les partenariats, les politiques et la croissance continue du leadership autochtone au sein du secteur.
Marchés autochtones
La Banque CIBC s’engage à offrir des services financiers personnalisés et accessibles à ses clients des Premières Nations et des peuples métis et inuits au Canada.
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