Bâtir l’avenir : Pourquoi la solidité du secteur des métiers spécialisés est vitale pour le Canada

Les métiers spécialisés offrent la promesse d’un travail stable, d’emplois bien rémunérés et de voies vers l’entrepreneuriat. Pourtant, le secteur peine à convaincre les jeunes Canadiens d’opter pour une carrière axée sur le travail manuel. Il s’agit là d’un problème : si l’écart entre l’offre et la demande pour les personnes exerçant un métier spécialisé continue de se creuser et que l’industrie de la construction au Canada ne peut pas fonctionner au maximum de sa capacité, il est presque certain que l’économie canadienne ralentira.
En 2023, le Canada employait 1,6 million de personnes de métier spécialisé, notamment des plombiers, des électriciens, des charpentiers et des travailleurs de la construction, ce qui représente 7,8 % de l’emploi total au pays. Ce sont ces travailleurs qui bâtissent les infrastructures essentielles dont nous avons besoin – les maisons, les routes, les centrales électriques et les centres de données – pour devenir une société plus productive dans les années à venir.
De plus, bien que de nombreuses personnes de métier spécialisé occupent des postes traditionnels, le secteur évolue rapidement. Les métiers d’aujourd’hui englobent des domaines émergents, tels que les installations d’énergie renouvelable, la fabrication de pointe et les infrastructures numériques, ce qui reflète la diversité du secteur et son importance croissante pour stimuler l’innovation au Canada.
Le dernier budget fédéral prévoyait un financement de plus de 115 milliards de dollars pour les infrastructures au cours des cinq prochaines années et le gouvernement estime que d’ici 2033, il y aura plus de 410 000 postes à pourvoir dans le secteur de la construction, dont 189 000 découlant de départs à la retraite.
Étant donné que le chômage des jeunes oscille autour de 12 % et que de nombreuses personnes issues des générations Z et Y s’inquiètent de leur capacité à acheter une maison, on pourrait penser que ces emplois seraient plus recherchés. Pourtant, le nombre d’inscriptions dans un établissement d’enseignement postsecondaire continue de dépasser de loin celui des inscriptions à la formation professionnelle.
L’histoire de Michael Nguyen illustre à quel point il peut être difficile de convaincre les jeunes d’opter pour une carrière dans un métier spécialisé. Fils d’un père immigrant qui a développé son entreprise de services électriques, MJ Electric, établie à Calgary, passant d’une camionnette à une entreprise florissante, M. Nguyen aurait pu se lancer dans l’entreprise familiale après l’école secondaire, car il aidait déjà son père de temps à autre. Au lieu de cela, influencé par les attentes de la société qui célébraient les professions comme la médecine, l’ingénierie et le droit, il s’est inscrit à l’école de médecine après avoir obtenu son baccalauréat en sciences.
Sans la COVID-19 et un père qui avait déjà un emploi dans un métier spécialisé, il aurait peut-être poursuivi ses études de médecine. Toutefois, après avoir constaté à quel point la pandémie pesait sur les travailleurs de la santé, tout en constatant que l’entreprise de son père poursuivait son essor, il a décidé d’effectuer un virage. En 2021, il a obtenu un diplôme en gestion des affaires et s’est joint à l’entreprise à temps plein.
Même Kieran Hawe, président et chef de la direction d’EllisDon, l’une des plus grandes entreprises de construction du pays, se retrouve à devoir débattre des mérites des métiers.
« Partout au pays, de nombreuses familles se demandent si les métiers spécialisés constituent la bonne voie pour leurs enfants, y compris les nôtres. Même si les métiers offrent de solides perspectives de carrière, un excellent potentiel de revenu et des possibilités évidentes d’avancement professionnel, les parents expriment souvent des inquiétudes relatives à la sécurité et à savoir si les professions traditionnelles, comme le droit ou l’ingénierie, pourraient offrir une avenue plus confortable. »
La relève en question
Bien que le pays dépende des métiers spécialisés, le Conference Board du Canada estime que les pénuries ont coûté 2,6 milliards de dollars à l’économie en 2024 et que le secteur ne voit plus de nouvelles entreprises spécialisées émerger au rythme que l’on observait auparavant. Ce ralentissement dans la création de nouvelles sociétés présente une difficulté croissante pour des sociétés comme EllisDon, qui s’appuie sur l’expertise et la capacité de dizaines de milliers d’entreprises sous-traitantes pour mener à bien des projets de transformation dans tout le pays chaque année.
« Il n’y a tout simplement pas assez de sous-traitants spécialisés disponibles pour répondre à la demande aujourd’hui et, d’après ce que nous observons, il n’y en aura pas suffisamment non plus à l’avenir », explique M. Hawe. « De plus, lorsque la capacité n’est pas au rendez-vous, les projets connaissent des difficultés importantes, qu’il s’agisse de retards ou de pressions sur les coûts, ce qui finit par nuire à notre capacité à fournir les infrastructures dont les Canadiens dépendent. »
« La relève est un enjeu particulièrement difficile pour les entreprises de taille moyenne », explique Louis-Philippe Champagne, vice-président associé, Affaires publiques et pratiques de l’industrie à l’Association canadienne de la construction. « Ceux qui ont réussi à développer leur petite entreprise au cours des 20 dernières années sont ceux qui se retrouvent dans une situation précaire », affirme-t-il. « Ils possèdent quelque chose qui est tout simplement trop important pour être transmis à un membre de la famille ou à un employé, mais trop petit pour faire l’objet d’une acquisition plus importante. »
Pour combler ces lacunes, les entreprises de sous-traitants doivent s’engager à planifier la relève tôt et de manière constante, bien avant que le transfert de propriété ne devienne urgent. De nombreux propriétaires comptent encore sur une relève informelle ou naturelle, en espérant qu’un employé de premier ordre prenne éventuellement le relais. Cependant, sans préparation délibérée, l’obstacle financier et la complexité logistique peuvent rapidement devenir écrasants.
« La logistique du transfert de propriété, notamment le financement et la continuité des opérations, devient de plus en plus difficile si les conversations sur la relève ne commencent pas assez tôt », explique M. Hawe. « Les sous-traitants doivent songer à élaborer des plans structurés et proactifs qui assurent une transition harmonieuse de la propriété, protègent leur capacité à continuer à soutenir le secteur et leur permettent de poursuivre leur réussite longtemps. »
Bâtir pour l’avenir
Pour remédier à la pénurie de personnes de métier spécialisé au Canada, il faudra adopter une approche coordonnée sur plusieurs fronts. Selon M. Champagne, cela commence par une présence plus importante des métiers spécialisés et des carrières de la construction dans les écoles. « De nos jours, l’adolescent moyen est peu exposé aux métiers spécialisés », dit-il.
L’une des approches consiste à suivre l’exemple des associations sectorielles locales en proposant des programmes ciblés, comme le Camp des métiers de la construction au Québec, soit un programme immersif gratuit d’une journée géré par l’Association de la construction du Québec. L’équipe du programme se rend dans différentes régions de la province et donne à toute personne âgée de 15 ans et plus la possibilité d’acquérir une expérience pratique dans un métier. « Les inscriptions au programme sont toujours au maximum de la capacité », explique M. Champagne. « La demande est bien là. »
Selon M. Hawe, un changement important s’amorcera lorsque les étudiants prendront pleinement conscience des possibilités qui s’offrent à eux dans les métiers spécialisés. Certaines professions de sous-traitance offrent également des horaires flexibles, ce que de nombreuses personnes trouvent particulièrement intéressant. Les personnes de métier spécialisé et les travailleurs de chantier ont également la possibilité d’accéder à des emplois de bureau et au siège social au cours de leur carrière, un cheminement que M. Hawe a lui-même suivi.
« Les métiers spécialisés offrent une forte stabilité à long terme, un excellent potentiel de revenu et une véritable liberté de façonner la vie qu’ils veulent créer », affirme M. Hawe. « Lorsque les jeunes voient que ces carrières peuvent favoriser leur avenir tel qu’ils l’imaginent, ils comprennent à quel point cette voie peut être intéressante. »
Le fait d’inciter les jeunes Canadiens à exercer un métier demeure une solution à long terme, mais le secteur ne peut pas se permettre d’attendre qu’une génération entière fasse des études et suive une formation. À court terme, les parties intéressées réclament une réforme de l’immigration qui accorde la priorité aux personnes exerçant un métier spécialisé.
« Pour combler ce vide, l’option immédiate est l’immigration », affirme M. Hawe.
Les changements récents apportés aux politiques limitant les niveaux d’immigration pourraient exercer une contrainte supplémentaire sur la main-d’œuvre de métier spécialisé. Ce qui vient compliquer les choses, c’est que le secteur doit investir des dizaines de milliers de dollars par travailleur étranger pour s’assurer que chacun respecte les normes de santé et de sécurité. Par conséquent, MM. Champagne et Hawe plaident en faveur de voies qui permettent aux travailleurs d’obtenir une résidence permanente plutôt que des permis de travail temporaires.
« Le Canada est excellent pour faire venir des professeurs d’enseignement général et des scientifiques de l’énergie nucléaire, mais il n’est pas aussi doué pour faire venir des plombiers, des charpentiers et des soudeurs », explique M. Champagne, soulignant le fait que 8 % de la main-d’œuvre canadienne travaille dans le secteur de la construction et que seulement environ 0,5 % des résidents permanents font partie de cette main-d’œuvre. « Il s’agit là d’un énorme écart. »
L’amélioration de la mobilité des métiers à l’échelle du Canada en reconnaissant les titres de compétence des travailleurs provenant d’autres provinces sera utile, même si les progrès ont été lents. L’élaboration de programmes de soutien aux métiers spécialisés est un autre moyen d’améliorer le bassin de travailleurs potentiels. Le dernier budget a prévu environ 70 millions de dollars pour un nouveau programme de formation en milieu syndiqué, et bien que l’Association canadienne de la construction se dise encouragée par ces mesures, la grande majorité des travailleurs de la construction ne sont pas syndiqués, c’est-à-dire qu’ils n’auront pas accès à cette source de financement, explique M. Champagne.
Éviter le choc de demande
Aussi difficile qu’il soit de trouver des travailleurs de métier spécialisé, la situation pourrait être encore pire si ce n’était du ralentissement du marché canadien de l’habitation. Lorsque les nouvelles constructions connaîtront un essor, la demande sera encore plus importante.
« Lorsque le marché de l’habitation rebondira, et il le fera, il sera difficile de répondre à cette demande lorsqu’elle dominera le marché », explique M. Hawe.
Pour attirer les meilleurs candidats, EllisDon se concentre non seulement sur des régimes de rémunération très concurrentiels, sur les possibilités d’actionnariat des employés et sur un engagement inébranlable en faveur de milieux de travail sécuritaires, mais aussi sur l’établissement d’une culture dans laquelle les employés se sentent soutenus et valorisés. M. Hawe souligne que les valeurs de l’entreprise créent un sentiment d’appartenance profond dans l’ensemble de l’organisation. EllisDon offre une gamme de ressources et de programmes conçus pour appuyer le bien-être physique et mental des employés, ainsi que des initiatives qui favorisent le respect, l’inclusion et une expérience positive en milieu de travail. L’objectif est de faire d’EllisDon un endroit où les gens peuvent bâtir des carrières significatives et durables.
Bien que les métiers offrent une solide rétribution financière, M. Hawe souligne une dimension tout aussi importante : la fierté. Dans l’ensemble du secteur, les travailleurs de métier spécialisé parlent souvent de la satisfaction que leur procure l’achèvement d’un projet. Qu’il s’agisse d’un nouveau bâtiment qui s’élève sur un horizon familier ou d’une infrastructure essentielle qui prend forme, un sentiment de réalisation profond découle de la création de quelque chose de tangible qui devient une partie intégrante de la communauté. La capacité de pointer du doigt une structure et de dire : « J’ai contribué à la construire » est une source de fierté puissante et durable partagée par les travailleurs dans tout le secteur.
Nguyen ressent également cette fierté. Il est toujours impressionné par le professionnalisme de son père au travail, qu’il s’agisse d’aider les clients à résoudre un problème ou d’aider les travailleurs à obtenir leur certification et à se tailler une place dans le secteur. Quelques années seulement se sont écoulées depuis que M. Nguyen a choisi d’emboîter le pas à son père, mais il ne regrette rien. « Je trouve que le travail dans le domaine de l’électricité est très gratifiant », dit-il. « Vous pouvez aider un grand nombre de personnes différentes et travailler avec elles. C’est un aspect très positif de ce travail. »
L’avenir du Canada repose sur l’expertise et le dévouement de professionnels œuvrant dans des métiers spécialisés, qu’il s’agisse de personnes qui occupent des postes traditionnels ou de celles qui sont à la source de l’innovation dans des domaines émergents. Alors que le secteur évolue pour relever de nouveaux défis, il offre des carrières enrichissantes, une contribution concrète et la fierté de bâtir nos collectivités. Pour remédier à la pénurie de travailleurs exerçant des métiers spécialisés, il faudra déployer des efforts coordonnés de la part des enseignants, des leaders du secteur et des décideurs politiques pour promouvoir ces professions essentielles et favoriser la prochaine génération de travailleurs.
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