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À quel point la situation est-elle préoccupante? Productivité et prospérité au Canada par rapport aux États-Unis

21 juill. 2026Études économiques CIBC
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Une vue en plongée d’une grande foule de personnes marchant dans une rue de la ville.

On dit depuis longtemps aux Canadiens qu’ils sont à la traîne par rapport à leurs cousins américains sur le plan du bien-être économique. Cela se reflète certainement dans les écarts marqués entre le Canada et son voisin du Sud en ce qui a trait à la croissance du PIB par habitant et par heure travaillée. Ce rendement décevant, qu’on attribue au sous-investissement, à la surréglementation et au retard des progrès technologiques, entraîne une lente dérive vers un statut de deuxième ordre à côté d’un voisin dynamique.

Ne vous y trompez pas : ces chiffres faibles en matière de productivité sont réels et il faudrait assurément s’efforcer d’inverser la tendance. Mais ils ne disent pas tout à propos du bien-être économique des Canadiens. Selon un point de vue plus nuancé, pendant la majeure partie de cette « ère perdue », la contre-performance du PIB n’a pas autant nui à la valeur marchande de la production canadienne par rapport à ce que l’on a observé aux États-Unis. Et une fois les variations de la distribution des revenus prises en compte, le Canadien « type » s’en est mieux tiré.

Le PIB réel est plus faible, mais le pouvoir d’achat est moins touché

Paul Krugman en est arrivé à des conclusions semblables dans le cadre de son évaluation de l’évolution des conditions économiques aux États-Unis et en Europe en fonction des statistiques sur le PIB, en réponse à des études déplorant le retard des pays européens en matière de productivité. Son travail nous a incités à examiner comment le Canada se compare aux progrès américains.

Le PIB mesure la valeur marchande de la production et comprend une composante d’inflation dont il faut faire abstraction. Les données ainsi obtenues sur le PIB réel en prix constants pondérés en chaîne sont des chiffres indiciels plutôt que des niveaux absolus, mais les taux de croissance sur différentes périodes peuvent être comparés.

Le PIB réel par habitant, ou par heure travaillée, a tendance à traduire d’importants gains de productivité pour les pays comme les États-Unis, dotés d’un secteur technologique important, où les puces, les ordinateurs et les autres produits de haute technologie commercialisés chaque année sont beaucoup plus puissants (et donc considérés comme une production « réelle ») que leurs prédécesseurs. C’est l’une des raisons pour lesquelles le Canada et une grande partie de l’Europe de l’Ouest ont pris du retard par rapport aux États-Unis en ce qui a trait à la croissance tendancielle de la productivité.

Toutefois, ce qu’un pays peut acheter chaque année, que ce soit sur son territoire ou à l’étranger par le biais des échanges commerciaux, dépend également du niveau des prix de ses biens et services comparativement à ceux des autres pays. Même si les termes de l’échange du Canada se sont détériorés après le recul des prix du pétrole en 2014, une centaine de barils de pétrole permettent aujourd’hui d’acheter beaucoup plus de puissance de calcul qu’en 2000. En effet, un pays comme le Canada peut profiter de l’échange de ce qu’il produit contre ces biens technologiques qui, sur une base relative, deviennent de moins en moins chers selon les prix ajustés en fonction de la qualité utilisés dans les calculs du PIB.

Par conséquent, bien que le taux de croissance du PIB réel par habitant du Canada ait diminué de 14 % par rapport à celui des États-Unis depuis 2000, la comparaison ne semble pas aussi marquée si l’on considère le PIB en prix courants. À cet égard, le PIB par habitant du Canada a reculé de seulement 7 % par rapport à celui des États-Unis (graphique 1). (Dans ce dernier cas, conformément à la pratique traditionnelle, lorsque nous comparons les répercussions sur le niveau de vie, nous convertissons le PIB nominal du Canada en son équivalent en dollars américains à l’aide des taux de change à parité des pouvoirs d’achat de la Banque mondiale.) Ce n’est toujours pas génial, mais ce n’est pas aussi désastreux que ce que les tendances du PIB réel pourraient laisser entendre.

Graphique 1 : Le ratio du PIB par habitant relatif a moins diminué depuis 2000 en prix courants

Graphiques à barres illustrant la baisse en pourcentage du ratio du PIB par habitant du Canada par rapport à celui des États-Unis, en prix constants et courants, en 2024 par rapport à 2000.
Source : BEA, Statistique Canada et Banque CIBC / Remarque : Le PIB en prix courants est converti en dollars américains à l’aide des taux de change à parité des pouvoirs d’achat.

Le PIB par habitant peut s’améliorer simplement si les gens travaillent plus d’heures, au détriment de leurs loisirs. Le PIB par heure travaillée est donc un meilleur indicateur du bien-être et, là aussi, les données montrent que le rendement relatif du Canada s’est mieux comporté en prix courants qu’en prix constants. En prix constants, de 2000 à 2024, le PIB par heure travaillée du Canada a reculé de 19 % par rapport à celui des États-Unis, mais en prix courant sur la même période, il n’a baissé que de 12 % (graphique 2 à gauche). Toutefois, ce qui est inquiétant, c’est que dans les deux séries, les données disponibles des dernières années se sont détériorées plus fortement, la productivité canadienne ayant nettement diminué après 2022. De plus, après conversion en dollars américains à parité des pouvoirs d’achat, la production par heure travaillée du Canada a toujours été inférieure de 20 à 30 % à celle des États-Unis (graphique 2 à droite).

Graphique 2 : Le ratio du PIB par heure travaillée relatif a également moins diminué depuis 2000 en prix courants

(G) : Graphique à barres à gauche illustrant la baisse en pourcentage du ratio du PIB par habitant du Canada par rapport à celui des États-Unis, en prix constants et courants, en 2024 par rapport à 2000. (D) : Graphique à barres à droite illustrant le ratio du PIB par heure travaillée du Canada par rapport à celui des États-Unis depuis 2000.
Source : Banque mondiale, Statistique Canada, BLS, calculs de la Banque CIBC

La médiane heureuse

Une bonne croissance économique par habitant est la première étape pour améliorer le bien-être économique des résidents d’un pays, mais la façon dont l’économie est divisée a également son importance. Selon une étude de la Banque du Canada (MacGee et Rodrigue, 2024), les 10 % les plus riches selon la distribution des revenus représentent jusqu’à deux tiers de l’écart de productivité mesuré entre les États-Unis et le Canada. Comme la rémunération finit par être plus concentrée au sommet de l’échelle aux États-Unis, le Canadien médian n’est pas aussi loin derrière son homologue américain que le laissent croire les données globales sur le PIB.

Dans l’ensemble, les Canadiens sont très instruits, mais l’économie américaine, qui compte de grandes entreprises et un secteur des technologies en plein essor, pourrait être en mesure de tirer davantage parti de ces compétences sur le plan de la production économique. Un avocat américain de premier plan traitera des poursuites civiles dont le montant total des dommages est supérieur à celui de son homologue canadien. Un professionnel de Wall Street percevra des honoraires plus élevés pour des fusions et acquisitions ou des introductions en bourse. De même, un cadre supérieur du secteur des technologies pourra apporter une contribution plus importante s’il dirige un géant américain plutôt qu’une petite entreprise concurrente canadienne. Mais ces avantages s’accumulent au sommet et n’ont que peu d’incidence sur le travailleur médian. Les taux de syndicalisation peuvent aussi influer sur la situation des travailleurs situés au bas de l’échelle des revenus.

En utilisant le revenu personnel médian aux États-Unis publié par le Census Bureau et en le comparant au revenu total médian de Statistique Canada ajusté en fonction de la parité des pouvoirs d’achat, nous constatons que le ratio relatif du revenu personnel médian au Canada était légèrement meilleur en 2024 qu’en 2000 (graphique 3). Cela dit, il est intéressant de noter que le ratio relatif a augmenté de façon constante de 2000 jusqu’au milieu des années 2010, mais qu’il a diminué par la suite, de sorte que la tendance observée au cours de la dernière décennie a effacé la majeure partie de la surperformance enregistrée durant la décennie précédente.

Graphique 3 : Le ratio du revenu personnel médian relatif du Canada s’est maintenu depuis 2000

Graphique à barres illustrant le ratio du revenu personnel médian avant impôt du Canada par rapport à celui des États-Unis, en prix courants, ajusté en fonction de la parité des pouvoirs d’achat, depuis 2000.
Source : Census Bureau, Statistique Canada, Banque mondiale, calculs de la Banque CIBC

Les revenus personnels peuvent varier en raison des décisions relatives à la participation au marché du travail et des changements dans les prestations de transfert gouvernementales. Un indicateur plus fidèle de la rémunération, les gains hebdomadaires médians des employés à temps plein, ajustés en fonction de la parité des pouvoirs d’achat, révèle une plus grande progression au Canada qu’aux États-Unis depuis 2000 (graphique 4). En termes absolus, le travailleur canadien médian n’est pas si loin derrière ce que le travailleur américain médian peut acheter avec son salaire.

Graphique 4 : Le ratio des gains hebdomadaires médians relatifs du Canada s’est aussi maintenu depuis 2000

Graphique à barres illustrant le ratio des gains hebdomadaires médians du Canada par rapport à celui des États-Unis, en prix courants, ajusté en fonction de la parité des pouvoirs d’achat, depuis 2000.
Source : BLS, Statistique Canada, Banque mondiale, calculs de la Banque CIBC

Les travailleurs canadiens médians étaient en train de rattraper les Américains pendant le boom des marchandises, puis ils ont perdu du terrain après la chute des prix du pétrole à la fin de 2014. Pendant la pandémie de COVID-19, le Canada avait mis en place un filet de sécurité plus généreux qui a fait grimper le revenu personnel des gens près de la médiane. Depuis, les ratios relatifs des gains hebdomadaires médians et du revenu personnel médian ont diminué de façon constante, mais en 2024, ils demeuraient au-dessus des niveaux de 2000.

C’est aussi le cas du revenu disponible après impôt. Comme le montre le graphique 5, le ratio du revenu disponible médian relatif était de 0,85 en 2000. Il a culminé à 1 en 2014, avant de diminuer progressivement pour s’établir à 0,97 en 2023, soit plus qu’en 2000 (les données américaines n’étaient pas disponibles pour certaines années). Il convient de noter que le Canadien médian reçoit probablement plus en contrepartie des impôts qu’il paie que son homologue américain, compte tenu de l’accès plus généralisé à l’assurance-maladie publique et à l’enseignement postsecondaire subventionné.

Graphique 5 : Le ratio du revenu disponible médian relatif du Canada a augmenté depuis 2000

Graphique à barres illustrant le ratio du revenu disponible médian relatif du Canada, ajusté en fonction de la parité des pouvoirs d’achat, depuis 2000.
Source : OCDE, Banque mondiale, calculs de la Banque CIBC

Valeur nette : des sources divergentes

Pour ce qui est du revenu disponible, autrement dit de ce qu’un travailleur médian peut acheter avec ses gains au travail (après conversion à l’aide des taux de change à parité des pouvoirs d’achat), les Canadiens ne sont pas vraiment très loin derrière les Américains. Mais de nos jours, le pouvoir d’achat des Américains provient peut-être plus de leur patrimoine que de leurs revenus. En 2000, la valeur nette du secteur des ménages canadiens (incluant les organismes sans but lucratif) représentait environ 450 % du revenu disponible net, tandis qu’aux États-Unis, ce ratio était d’environ 517 % (graphique 6). En 2024, le Canada avait presque comblé le fossé (670 %, contre 680 % pour les États-Unis).

Graphique 6 : En 2024, le Canada avait presque rattrapé les États-Unis pour ce qui est de la valeur nette en pourcentage du revenu disponible net du secteur des ménages

Graphique à barres illustrant la valeur nette du secteur des ménages aux États-Unis et au Canada en pourcentage du revenu disponible net, en 2000 et en 2024.
Source : OCDE, Banque CIBC

Mais cela s’explique largement par l’appréciation plus marquée de la valeur des habitations et la part plus importante de l’immobilier dans la valeur nette des ménages au nord de la frontière. La valeur des habitations canadiennes a fortement augmenté au cours des deux dernières décennies. Mais cette richesse n’est pas si facilement exploitable, à moins de déménager dans plus petit, et pour les jeunes Canadiens, les prix élevés de l’immobilier peuvent être plus une malédiction qu’une bénédiction. En ce qui concerne les actifs financiers seulement, les Américains se sentent effectivement plus riches pour ce qui est de leurs revenus que les Canadiens (graphique 7). Toutefois, comme c’est le cas pour les revenus, cet écart a probablement moins d’incidence sur la famille médiane, compte tenu de la répartition inégale des actifs financiers.

Graphique 7 : À l’exclusion de l’immobilier, la valeur nette financière en pourcentage du revenu disponible net est plus faible au Canada qu’aux États-Unis

Graphique à barres illustrant la valeur nette financière du secteur des ménages aux États-Unis et au Canada en pourcentage du revenu disponible net, en 2000 et en 2024.
Source : OCDE, Banque CIBC

À quel point la situation est-elle préoccupante?

Dans le titre du présent document, nous avons posé la question suivante : « À quel point la situation est-elle préoccupante? » En résumé, les Canadiens dans leur ensemble sont toujours moins productifs que les Américains en termes absolus, même si l’on tient compte du pouvoir d’achat lié aux devises respectives et des prix relatifs. Leurs actifs financiers sont également moins abondants.

Toutefois, la croissance de la production par habitant ou par heure travaillée n’est aussi faible lorsqu’on la mesure en prix courants. Cela s’explique sans doute par le fait que certains des gains réalisés aux États-Unis proviennent des secteurs technologiques, qui fabriquent des produits plus puissants, mais dont les prix ajustés en fonction de la qualité sont en baisse. L’utilisation des taux de change à parité des pouvoirs d’achat fait aussi en sorte que les écarts de revenu semblent moins criants, car les taux de change du marché sous-estiment ce que le dollar canadien permet réellement d’acheter au pays. De plus, les travailleurs et les ménages médians du Canada ne sont pas aussi à la traîne que le laissent croire les données sur le PIB, car aux États-Unis, les gains de productivité et de revenu sont plus concentrés au sommet de l’échelle.

Néanmoins, ces dernières années, on a constaté un recul considérable de la situation des Canadiens par rapport à celle de leurs voisins à divers égards. Mettre fin à ce déclin relatif demeure une priorité stratégique clé, même si le Canadien type n’est pas aussi défavorisé que l’écart de productivité pourrait suggérer.

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Contributeurs

Avery Shenfeld

Économiste en chef

Marchés des capitaux CIBC

Une femme aux cheveux foncés, portant une chemise blanche et un veston foncé, sourit à la caméra.

Helen Lao

Directrice Générale, Économie

Marchés des capitaux CIBC